Apnée et Ultra Trail : Un même souffle

Quelques minutes sans respirer, seul, sous l’eau.
Des heures à courir en montagne, le souffle court, le corps sous tension.

Sur le papier, l’apnée et le trail semblent diamétralement opposés. Et pourtant.
En pratiquant ces deux disciplines, j’ai été frappé par la proximité des sensations.

Finalement, l’endurance se mesure-t-elle vraiment à la durée de l’effort ?

Quand le temps se contracte

Peut-on comparer un effort de plusieurs heures à un effort de quelques minutes?
En apnée comme en trail, le temps finit par se comprimer. Il ne reste que l’instant présent, celui de la performance, durant lequel le corps explore un territoire sensoriel étonnamment proche.

Une phase d’aisance

Lorsque l’effort débute, le corps se trouve généralement dans une zone de confort. Cette phase d’aisance peut durer quelques secondes ou minutes en apnée, plusieurs heures en ultra-endurance.

Tout est en place. Le corps et l’esprit sont alignés, portés par la confiance acquise à l’entraînement. L’effort paraît maîtrisé, presque évident.

La résistance

Puis vient le temps du doute. Quand le corps entame sa négociation.
La tête doit prendre le relais pour remettre de l’ordre dans la machine.

En apnée, la ventilation s’arrête pendant l’effort, mais le corps, lui, continue de « respirer ». Cette continuité entraîne une accumulation de CO₂ dans l’organisme. Ce phénomène déclenche alors des réflexes biochimiques : spasmes du diaphragme, forte envie de respirer. Si ces sensations ne sont pas gérées, l’apnée peut s’interrompre prématurément.

En trail, les muscles commencent à se charger, les premières douleurs apparaissent. Une mauvaise gestion de l’alimentation ou de l’hydratation peut également se faire sentir. Là aussi, la tête doit reprendre la main, retrouver de la lucidité et permettre de surmonter les doutes.

L’alternance

Une fois ce cap franchi, place à l’ambivalence des sensations.
Dans les deux disciplines, on expérimente une alternance de hauts et de bas.

Il faut apprendre à surfer sur les vagues d’euphorie, accepter les moments de creux et faire le dos rond quand il le faut.
Cette alternance peut durer bien plus longtemps en trail qu’en apnée!
Mais, le principe reste le même : maximiser les moments forts et limiter l’impact des moments difficiles grâce à l’entraînement et à l’expérience.

La respiration, une composante commune

Avant d’aller plus loin, trois notions liées à la respiration prennent tout leur sens, aussi bien en apnée qu’en trail :

  • Ventilation : ensemble des phénomènes mécaniques permettant les échanges gazeux lors de la respiration.
  • Hypoxie : diminution de la quantité d’oxygène distribuée aux tissus.
  • Hypercapnie : accumulation excessive de gaz carbonique (CO₂) dans le sang.

En apnée, une bonne ventilation permet de préparer l’effort ou de récupérer rapidement afin d’enchaîner les immersions.
En trail, une respiration maîtrisée optimise l’apport en oxygène aux muscles et facilite l’évacuation du CO₂ produit pendant l’effort.

L’hypoxie est au cœur de l’apnée : c’est la seule discipline sportive qui prive volontairement l’organisme de l’une de ses fonctions vitales.
En trail, elle est souvent abordée à travers l’entraînement en altitude ou l’utilisation de chambres hypoxiques, visant à améliorer l’adaptation du corps au manque d’oxygène. Dans les deux cas, l’entraînement hypoxique permet au corps de devenir plus efficient dans des conditions de privation d’oxygène.

L’hypercapnie, quant à elle, se manifeste différemment.
En apnée, elle provoque des spasmes diaphragmatiques et une envie irrépressible de respirer.
En trail, elle se fait sentir lors des efforts intenses, notamment en montée : accélération de la respiration, hausse du rythme cardiaque, sensation de muscles « chargés ».

Ici, avantage au trail!
En effet, il est possible d’adapter sa ventilation et d’accentuer l’expiration pour évacuer l’excès de CO₂. Ce qui est évidemment impossible en apnée.

Moralité : n’hésitez pas à souffler comme un bœuf dans les bosses !

L’importance du diaphragme

le diaphragme
En Apnée

Le diaphragme est le muscle principal de la respiration. Comme tout muscle, il peut s’entraîner, se détendre, s’assouplir.
Les apnéistes le considèrent pleinement comme tel et l’entraînent spécifiquement pour progresser.

Il joue un rôle clé dans les capacités inspiratoires et expiratoires. C’est lui qui se contracte sous forme de spasmes lorsque l’organisme réclame la reprise de la ventilation. L’apnée m’a appris à le sentir, à le comprendre. Une prise de conscience précieuse aujourd’hui en trail.

En Trail

En trail, la respiration est majoritairement diaphragmatique. Lors d’efforts prolongés, le diaphragme est fortement sollicité et peut lui aussi montrer des signes de fatigue. On reconnaît assez facilement un point de côté. Certaines douleurs diaphragmatiques sont parfois plus diffuses, et pas toujours bien identifiées.

Des facteurs peuvent agir comme des contraintes sur le diaphragme. La posture adoptée en montée, souvent courbée ou même la pression exercée par le sac. Il m’est arrivé de devoir desserrer, voire détacher mon sac pour « libérer » la cage thoracique et amplifier les mouvements du diaphragme afin de soulager les douleurs.

Depuis peu, j’utilise un sac de la marque Wise au portage plus haut. Il semble mieux respecter la dynamique du diaphragme. Je serais curieux de savoir si cet aspect a été pris en compte lors de sa conception.

Apnée en profondeur discipline No-fin. Fosse de La Teste de Buch, club freedive sud ouest.

Deux disciplines, une même logique intérieure

Oui, apnée et trail sont très différents dans leur pratique.
Mais lorsqu’on s’intéresse à la gestion de l’effort, aux sensations et au dialogue intérieur, les parallèles deviennent évidents.

Mathieu Blanchard, traileur, et Morgan Bourc’his, apnéiste, s’apprêtent à dévoiler leur projet 50/50, dans lequel chacun explore la discipline de l’autre. Avant de pouvoir m’y plonger, je voulais poser ces constats personnels, de manière bruts, sans influence.

Au fond, qu’on retienne son souffle en apnée ou qu’on en manque en trail, le combat reste souvent le même.

Apnée à la Fosse de La Teste de Buch, club Freedive sud ouest.

À bientôt dehors.


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